Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 17:52

Depuis près de trois décennies qu'il photographie notre pays, Georges Dussaud, un nom historique de la photographie française – lié à l'agence Rapho, fondée à Paris en 1933, et par laquelle sont passés des auteurs tels que Robert Doisneau et Edouard Boubat, s'est arrêté aujourd'hui plus longuement à Porto. Il nous restitue aujourd'hui notre ville avec une exposition marquante récemment inaugurée au Centre Portugais de la Photographie / Cadeia da Relação, et intégrée à l'initiative « Invisões ». Une exposition présentée ici par l'historienne et critique de la photographie Maria do Carmo Serén*, qui nous fait faire une visite du travail d'un photographe qui se caractérise comme flâneur et issu d'une tradition vagabonde.

 

Connu pour ses reportages internationaux qui prétendent révéler les lieux et leur culture à travers l'image, Georges Dussaud a déjà parcouru, avec son appareil photographique et à diverses reprises, notre pays; qu'il photographie depuis un quart de siècle, ce qui nous permet de vérifier, par le côté documentaire qu'on lui attribue, la perspective des permanences et des changements du paysage et des personnes et, par le regard esthétique qu'impliquent les images, ce que nous aimerions être et que nous remercions avec gratitude de reconnaître. 

Tel un Atget du XXIème siècle, il nous laisse ces très récentes images de Porto. Il se concentre en elles une ville qui échappe à l'habituelle multiplicité urbaine, à la ville-type de la globalité et du multiculturalisme. Ce que nous voyons, c'est une ville des campagnes et des banlieues, avec ses lieux de commodité, ses groupes et ses attitudes, les modes affleurant entre les endroits anciens et les vieilles significations.

Ici se rencontrent, avec l'empathie de celui qui aime ce qu'il voit et qui le couche sur le papier, la lumière que diffuse la grisaille de Porto, çà et là vivifiée par le granite qui se joint aux brumes afin d'ouvrir l'éventail des ombres. Le pavement de l'Ancien Régime récupéré par un village que la cité s'est appropriée, et qui épousait les rives du Rio Vilar, descend jusqu'à la Restauration; de petits escaliers médiévaux dominés par les mauvaises herbes clament leur abandon, d'obscurs entrepôts de pierre, sur les bords des rives de Porto et Gaïa, la statue d'un ancien Porto, surmontant maintenant les ruines des murailles récupérées ici entre la Porta do Sol et celui de Cimo da Vila, la perspective ombragée de Belomonte, divisant la lumière et l'ombre comme nous l'avons toujours vu, tout nous rappelle une ville que nous connaissons mieux par les cartes postales illustrées que par les allées et venues de notre corps. Davantage majestueux, le Porto du XVIIIème siècle que l'on entrevoit entre les arbres de ses petits jardins publics et par les fenêtres de ses inoffensifs cafés contemporains.

Or la photographie de Georges Dussaud est également une anthropologie. Ainsi se révèle, entre les façades des merceries du début du XXème siècle, de style composite ou avec des atlantes modernes supportant le poids du monde, l'existence d'une ville qui a toujours préféré la multiplicité des petites boutiques et officines aux grandes usines et fabriques; voilà pourquoi certaines images nous confient la garde de la propreté du Pavillon du Jardin de Foz, le travail des lavandières qui sèchent leur linge au bord de la rivière, le boucher à la pause déjeuner, protégé par l'inévitable rideau orientalisant,  le pécheur qui suit Afurada jusqu'au fleuve, le vendeur de châtaignes  où passait le mur à la Porta do Olival et où commençait le marché.

Dussaud cherche les signes de la vie intérieure dans les objets de collection (le restaurant « O Pescador » protégé par la dévotion ou la falange operadora le jour de la Toussaint – un cadre étonnant alliant l'ancien et le nouveau à l'intérieur de la tradition), de la relation difficile (la foire contemporaine qui s'accroit avec les photographies de femmes qui servent à faire vendre des magazines) ou, à l'inverse, dans l'identité des sentiments, comme la jolie photographie d'une jeune fille assises sur les genoux d'une parente du temps jadis.

Nous apporter une ville qui fait partie de notre mémoire fait apparaître le problème de la photographie comme document, polémique qui aujourd'hui enferme la Photographie. C'est cette ville-document qui jaillit devant nos yeux illuminée par le sentiment esthétique de l'auteur, qui aggrave le problème.

 

Un photographe « flâneur »

Bien que la photographie ait toujours cultivé la simulation, il s'est gardé une véracité de représentation qui renaît aujourd'hui dans la critique sous la forme du néo-documentaire subjectif. La photographie comme document a eu, tout au long du XXème siècle, de très nombreuses versions aussi objectives que subjectives. Le poids de la subjectivité a fini par être accepté même dans la forme documentaire. Dussaud, photographe de tradition vagabonde, est décidément un photographe « flâneur » à la recherche de ce qui possède selon lui un sens à la fois documentaire et esthétique. Il a maintenu un certain qu'il a acquis de l'humanisme photographique, qui se traduit aussi par le sentiment. Mais, ici dans ces images, il y a une contemporanéité qui les encadrent dans le regard très actuel, fils de la culture de la communication : ses histoires nous apparaissent comme les scenarii du quotidien, révélant à la critique photographique la perception : c'est parfois un regard en plongée (dans les petits escaliers du Sé, l'arrière-plan est coupé par l'image insolite d'une publicité); comme une ironie qui oppose les atlantes de la boutique au père qui soulève sa fille ou la statue de la justice qui cotoie comme son reflet le juriste qui descend ses mêmes marches de la justice; l'horizontalité de la photographie se reproduit d'image en image : radical quant il s'agit de cette image du métro, se surajoutant en parallèle aux plan dans la perspective du Café Guarany

La mémoire par les images se piègent, qu'il s'agisse du pont de Arrabida, insolite dans un paysage qui évoque les peintures du XVIIème siècle, de la concentration des « oiseaux » sur les fils et dans les arbres de Batalha, évoquant davantage le film d'Alfred Hitchcock que l'espace aérien d'une place. Très pictorialiste, Batalha nous apparaît par lá de la réalité, plus belle que dans notre souvenir, mais aussi angoissante comme parfois nous pouvons l'expérimenter. Scénario naturaliste, elle se déplie et gagne le premier plan des petits escaliers de Saint-Benoît. Dussaud joue avec la mémoire de l'Histoire de la Photographie, il prend ses photographies de la manière dont il sent ce qu'il voit, comme il dévoile ce qui ne se voit pas. Dans la multiplicité des héritages que la photographie a fourni, la pratique contemporaine se fait par la diversité des « apports ».

Ne niant pas l'esthétique de son regard photographique, Dussaud saupoudre l'image de petits signaux et de petites sensations. Au travers de son analyse, l'image actuelle s'assure, mais aussi  garantit cet enchantement de la réalité transformée que seuls les bons photographes savent comprendre et transmettre. Comme ce voyage bien qu'étant du passé est également l'actualité de notre ville et de nos gestes.

 

 

*Maria Do Carmo Serén a été la directrice du Centre Portugais de la Photographie, a publié diverses œuvres sur le Photographie et l'Histoire, la plus récente étant « Une épée de diamant pour le Général Silveira », sur le Comte de Amarante; a également participé à « Espoloio Fotografico Português/Fotografia Beleza », dirigé par Fernado de Sousa.

 

 

Traduit du Portugais par Jérôme Barbosa

 

 

Repost 0
Published by Georges Dussaud photographe - dans Edition en projet
commenter cet article
21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 17:41

Suite à cinq résidences j'ai réalisé le portrait de la ville de Porto. Nous avons ensemble Anotonio et moi en projet la réalisation d'un livre "A propos de Porto".

Repost 0
Published by Georges Dussaud photographe - dans Edition en projet
commenter cet article
15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 14:36

En préparation aux Editions Trans Photographic Press, Paris, (direction Dominique Gaessler) d'un livre de photographies en noir et blanc, pour présenter un reportage sur les quartiers Martim Moniz et Mouraria. Ces photographies on été réalisées en 2009 au cours de trois résidences dans le cadre d'une commande de la mairie de Lisbonne. L'objet était de démontrer aux habitants  de Lisbonne, le coté positif de l'immigration. Ces photographies ont été exposées en format géant sur les immeubles de la place Martim Moniz, au mois de septembre et octobre 2009, dans le cadre du festival "Todos Caminhada de Culturas". Festival dirigé et animé par Giacomo Scalisi et Madalena Vitorino.   

 

29-TODOS-LISBONNE-Mouraria-juillet-2009-.jpg

Repost 0
Published by Georges Dussaud photographe - dans Edition en projet
commenter cet article